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COLLECTIF, Napoléon Bonaparte, Clisson et Eugénie, Paris : Fayard, 2007, 123 pages
Texte et commentaires établis d'après des documents inédits par Emilie Barthet et Peter Hicks, Essai de Gérard Gengembre. Jusqu'à la parution de ce livre, les écrits de jeunesse de Napoléon Bonaparte semblaient connus et analysés. On y prêtait une attention polie, mais on ne s'attardait guère sur ces feuilles plus proches du brouillon que de l'ouvrage fini. Seul le "Souper de Beaucaire", écrit dans la fureur de l'année 1793, sortait du lot par son aspect politique. Grâce au travail minutieux et savant de Peter Hicks, historien, et d'Emilie Barthet, conservateur des bibliothèques, un texte de Napoléon nous est restitué dans presque toute son intégralité et dans sa mise en perspective historique et biographique. En 1795, le général de brigade d'infanterie Bonaparte fut envoyé en Vendée. Il s'y ennuya vite et demanda sa mise en congé. Déprimé par cet arrêt momentané de sa carrière militaire, il essaya de se consoler avec son amour platonique d'alors, Désirée Clary, la jeune belle-sœur de son frère Joseph. Mais débutée un an auparavant, leur relation essentiellement épistolaire touchait à sa fin. Napoléon choisit alors de prendre la plume pour épancher ses sentiments. Ce sera le court récit d'un amour intense et brisé : "Clisson et Eugénie". Clisson, un jeune soldat, tombe amoureux d'Eugénie. Pour elle, il quitte les champs de bataille et renonce à la gloire pour vivre une vie d'amour et de bonheur familial. Mais la guerre éclate et son devoir l'appelle à nouveau sous les drapeaux de la patrie. De longues années passent et les lettres d'Eugénie sont de plus en plus froides et distantes. Désespéré, Clisson prend la tête de son escadron et meurt à la bataille percé de mille coups. Cette fiction ne fut publiée la première fois qu'en 1920 et de façon parcellaire, les manuscrits originaux (il y eu plusieurs versions successives) étant dispersés. Peter Hicks et Emilie Barthet surent retrouver les pièces manquantes, les retranscrire, les confronter et corriger bien des erreurs d'interprétation. Ils purent ainsi par ce travail précis et scientifique, admirablement commenté, reconstituer la mosaïque et nous offrir un autoportrait inédit de Bonaparte aux portes de la gloire. Car bien sûr, il y a beaucoup de Napoléon en Clisson, et nous découvrons un jeune homme en proie à ce qui sera appelé le "spleen" du 19e siècle : la mélancolie règne sur les âmes, l'ennui et l'insatisfaction guettent l'homme inactif et la tentation du suicide est grande. Oui, il faut lire cette courte fiction à la lumière de son appareil critique. On comprend alors qu'elle est à la conjonction de la pastorale, un genre littéraire en vogue à cette époque comme le soulignent si justement les éditeurs scientifiques, et de thèmes novateurs. Bien avant le personne de René chez Chateaubriand, les "âmes ardentes" se heurtent à l'indifférence de la personne trop aimée et se consument d'une gloire qui n'est que vaine. J'ajouterai un conseil au futur lecteur, ne jugez pas le style à l'aulne de nos références actuelles. C'est ainsi que l'on écrivait au début du 19e siècle : le cœur, les larmes, la chaleur de la vie, la gloire s'entrechoquaient dans des phrases gonflées d'exaltation. On avait le goût des mots et des sentiments forts. Saluons également le beau travail d'éditeur de Fayard qui publie ce texte d'amour et d'initiation à la vie dans un agréable format de type roman, recouvert d'une jaquette où les portraits juvéniles de Bonaparte et d'une jeune femme se font face. La mention "rentrée littéraire" y est ajoutée. Le jeune général Bonaparte n'aurait pu rêver plus bel hommage à ses ambitions littéraires.
Chantal LHEUREUX-PREVOT
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