N°6, novembre - décembre 2009
Premier Empire
Administrations, Diplomatie
La mission de Caulaincourt à Saint-Pétersbourg en 1801. Une première expérience du futur duc de Vicence à la cour de Russie
Olivier VARLAN, Archiviste paléographe (France)
RésuméAbstract
La nomination de Caulaincourt comme ambassadeur de France après l’entrevue de Tilsit, en 1807 est due en partie à son expérience diplomatique, acquise à Constantinople en 1797 et surtout à Saint-Pétersbourg en 1801-1802. Après l’échec du rapprochement franco-russe de 1801 et l’assassinat de Paul Ier, l’avènement d’Alexandre Ier marque une réaction francophobe de la société russe, tempérée cependant par les préliminaires de paix entre la France et l’Angleterre engagés dès le milieu de l’année 1801. Dans ce contexte de trêve européenne, Bonaparte cherche à améliorer ses relations avec la Russie, afin de contrebalancer l’influence anglaise et de préparer l’avenir. Le colonel Caulaincourt est, en conséquence, envoyé à Saint-Pétersbourg, en novembre 1801, afin de préparer l’arrivée du futur ambassadeur de France. Cette mission n’a pas d’objectifs politiques définis : il s’agit avant tout de recréer des liens à travers la représentation diplomatique. Mission de peu de portée pour les affaires européennes, le voyage de Caulaincourt à Saint-Pétersbourg est déterminant pour sa carrière et pose les fondements de sa future ambassade. Dès 1801, il découvre la société russe et ses fêtes ; surtout il crée ses premiers liens avec l’empereur Alexandre et son personnel ministériel. De même, dès cette époque, se forge l’ébauche de ses futures conceptions politiques dominées par l’idée d’un équilibre continental garanti par une alliance franco-russe. À son retour en France, en mai 1802, il devient un membre important de l’entourage de Bonaparte, son aide de camp dès 1802, puis le grand écuyer de sa cour en 1804. Devenu un proche de Napoléon, fort de ses liens avec la Russie et de son expérience, Caulaincourt est ainsi, en 1807, le candidat idéal pour une ambassade prestigieuse destinée à sceller l’alliance franco-russe.
Caulaincourt’s appointment as French ambassador after the meeting in Tilsit, in 1807, was in part as a result of his diplomatic experience, in Constantinople in 1797 and most of all at St Petersburg in 1801-1802. After the failure of the Franco-Russian rapprochement of 1801 and the murder of Paul I, the accession of Alexander I coincided with a Francophobic reaction in Russian society, though this was to be tempered by the peace preliminaries between France and Britain which began halfway through 1801. In the context of this European cease-fire, Bonaparte sought to better his relations with Russia, in an effort to counterbalance British influence and to prepare for the future. As a result, Colonel Caulaincourt was sent to St Petersburg in November 1801 to prepare for the arrival of the future French ambassador. His mission had no precise political aims: it was just a question of recreating links via the re-establishment of diplomatic representation. Whilst the mission itself had little effect on European affairs, Caulaincourt’s stay in St Petersburg was to be a defining moment in his career and lay the foundations for his future ambassadorship. As he discovered Russian society at play he also created his first links with the emperor Alexander and his ministers. At the same time, he began to form his future political obsessions dominated as they were ideas of continental equilibrium guaranteed by a Franco-Russian alliance. On his return to France, in May 1802, he was to become ADC (1802) and then Grand Ecuyer (1804) and as such an important member of Bonaparte’s entourage. As he gradually entered the inner sanctum of Napoleon’s collaborators, and in the light of his links with, and experience of, Russia, Caulaincourt in 1807 was the obvious candidate for the key embassy whose mission was to establish the Franco-Russian alliance.