N°1, mai - août 2008

Premier Empire

Institutions

Napoleon and Charlemagne
Thierry LENTZ, Historien, directeur de la Fondation Napoléon (Paris)
RésuméAbstract

Après une analyse de la place de Charlemagne à la fin du XVIIIe siècle, puis celle de l’obsession de Napoléon par l’histoire et la figure symbolique de Charlemagne, cette étude tend à montrer comment Napoléon empereur invoqua systématiquement le fondateur de la dynastie carolingienne, afin d’assoir sa légitimité et établir une quatrième dynastie en France.

Comme son époque, Napoléon avait « l’obsession de l’histoire ». Il y puisait des références, des symboles, des exemples. Il mit cette matière au service de sa légitimité et de sa politique, voulant ainsi placer son règne dans la continuité de l’histoire de France, des Gaulois à ses prédécesseurs directs, y compris les Bourbons. Parmi les références que l’empereur des Français instrumentalisa, celle à Charlemagne nous paraît être sinon une des plus importantes, au moins une des plus constantes.

Ce faisant, il reprit la tradition millénaire à peine mise en sommeil par la Révolution d’en appeler à la figure du fils de Pépin et de Berthe au Grand Pied, dont Albert Sorel écrivait au début du siècle dernier que « de Philippe-Auguste à Napoléon, elle plane sur l’histoire de France ». Mais contrairement aux Capétiens, le premier des Bonaparte n’avait que peu de titre à faire valoir pour se réclamer d’un tel « ancêtre ». Profitant d’une légende forgée au fil des siècles sur des connaissances historiques limitées, Napoléon put cependant construire presque à sa guise une sorte de proximité entre l’Empire français et l’Empire des Francs, fondée sur des similitudes ou des coïncidences. « L’alibi carolingien [était] commode, relève Jean Tulard : l’éloignement dans le temps et l’obscurité qui [l’entourait] le [rendaient] sans danger ». Napoléon « puisa à pleines mains » dans l’héritage d’un Charlemagne finalement « érigé en figure de la nation, en métaphore de l’identité nationale. »

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